REGARDER L’AUTRE


Il est parfois des blessures que nous infligeons à l’Autre sans même nous en apercevoir. Trop souvent, nous sommes centrés sur notre vécu intérieur, sur les sensations que nous pouvons percevoir en nous, notamment lorsque nous sommes dans une phase de compréhension de nous-mêmes qui entraîne une profonde mutation en nous et la mobilisation de notre attention.

Ainsi existe-t’il en nous des évidences qui ne peuvent pas être perçues par l’Autre, voire même qui peuvent être perçues à l’opposé de ce que nous pensons et ressentons.

Vous aimez celui ou celle qui est à vos côtés. Cela est indéniable, car si tel n’était pas le cas, vous ne pourriez supporter son énergie et sa présence à longueur de mois ou d’années. L’amour que vous lui portez fait partie de votre évidence, mais en est-il de même pour l’Autre?

Cela n’est pas certain. Chacun porte en soi une part de blessures, de déceptions et son lot de trahisons vécues. Il n’est rien de plus facile pour ces cicatrices de se réouvrir par un mot, une attitude, un geste qui ne sont que le reflet d’un instant de réflexion de votre part, mais qui peuvent prendre un tout autre sens pour l’Autre, s’ils viennent réactiver de vieilles souffrances.

Ainsi, parfois, il arrive que vous soyez dans une souffrance inconsciente qui vous ne descellez même pas. Elle est partie intégrante de votre inconscient mais imprime néanmoins, jour après jour, votre quotidien. Il suffit d’un tout petit évènement, d’un simple mot pour que votre inconscient s’empare de cette énergie, et réactive cette souffrance qui avait été le plus souvent oubliée, mais qui n’en altère pas moins votre plénitude. Alors vous vous retrouvez sur la défensive. Vous vous retirez dans votre « tour d’ivoire ». Inconsciemment, vous amalgamez la fréquence de l’Autre à cette vieille blessure, comme s’il en était la cause, alors qu’il ne fait pas partie de cette histoire. Et surtout, et c’est ce qui est le plus dommageable, vous ne vous rendez pas compte que vous avez fait un amalgame. Vous commencez à vous éloignez de plus en plus, posant vos centres d’intérêt dans d’autres directions. L’Autre le sent, vous sollicite tout d’abord en douceur puis d’une manière de plus en plus pressante et vous vous retrouvez tous les deux en situation de crise relationnelle alors qu’aucun événement n’est venu provoquer cette tension. Il est même possible alors qu’un événement sans importance serve de focalisation à cette tension et prenne des proportions qu’il n’aurait jamais dû prendre.

L’Autre reçoit votre énergie de plein fouet et ne comprends pas. Il ne peut comprendre puisqu’il s’agit d’un autre temps, d’une autre histoire qu’il ne connait probablement pas et qui peut, parfois, ne pas appartenir à cette vie. Elle provient d’un plan parallèle ou d’une « vie antérieure », autant dire qu’elle vient d’un autre monde.

Selon son niveau de conscience, selon sa propre histoire, l’Autre se sent profondément blessé, rejeté. Parfois même, il culpabilise, pensant avoir dit ou fait quelque chose qui vous a blessé. En fait, il ne sait pas ce qui se passe. Cela est d’autant plus pernicieux que vous non plus, vous ne savez pas pourquoi vous vous sentez comme cela. Vous sentez néanmoins que vous vous éloignez de l’Autre, insensiblement, inexorablement. L’écart se creuse. Si vous n’y prêtez pas attention, et n’entamez pas un dialogue approfondi, cet écart peut devenir définitif.

C’est ainsi que la magie de la vie à deux disparait et entre dans une routine morbide dans laquelle les mots d’amour deviennent vides de sens. Elle ne porte plus l’énergie de la rencontre. Alors vous vous dites: « Ce n’est pas grave. C’est dans l’ordre des choses. La magie des premiers temps s’efface et la vie reprend ses droits » (sous-entendu: il est normal que les sentiments s’usent et que nous ne partagions plus les choses comme au commencement).

Je viens moi-même de faire cette expérience avec un des êtres que je chéris le plus au monde. Je pensais bien connaitre ma psyché, avoir fait le tour de mes fonctionnements, connaitre mes équilibres et mes déséquilibres, en d’autres termes, être conscient de ma géographie intérieure. Je me suis pourtant retrouvé à émettre une certaine forme d’indifférence, une distance vis-à-vis de mes proches, sans même m’en rendre compte. Parce qu’une toute petite chose, un élément insignifiant en regard de toutes les informations que je reçois et traite au quotidien est venu éveiller dans mon inconscient une vieille blessure que je ne savais même pas être encore présente en moi, je suis rentré dans ma « bulle ». Je me suis enfermé en moi sans même m’en rendre compte.

En faisant cela, je n’ai même pas vu la distance que je mettais avec l’Autre, distance que je reconnais maintenant, après réflexion, comme étant la cause et le ferment de la rupture avec d’autres compagnes que j’aimais profondément et que j’aime toujours. Je me trouvais à des années-lumière d’imaginer que je pouvais être la cause de cet éloignement. Lorsque je regardais ma vie, je pensais simplement que chacun avait pris de voies différentes. Heureusement que dans le cas présent, l’amour et le partage nous ont permis de mettre ce piège en lumière.

Alors, si ces quelques mots et ce témoignage peuvent servir à quelques uns d’entre vous, regardez l’Autre. Faites l’effort de vous sortir de votre regard quotidien, celui qui s’est usé aux aspérités d’un cheminement que vous ne comprenez pas forcément mais qui érode lentement l’élan qui nous pousse dans les bras de l’Autre.

Prenez conscience que trop souvent (et je me parle à moi-même dans ces lignes), vous êtes enfermé dans votre espace intérieur et que vous ne laissez pas l’Autre y pénétrer, souvent d’ailleurs (c’est ce que vous pensez) par amour pour l’Autre. Soit-disant, vous ne voulez pas le (ou la) charger de vos soucis ou de vos questionnements, alors qu’il ne s’agit, encore une fois, que d’une stratégie destinée à vous protéger.

Réfléchissez ! Dans tous les cas, ne cherchez-vous pas à préserver un territoire intérieur, un espace personnel que vous ne savez pas défendre autrement, tout simplement parce que vous n’avez pas encore fait la paix avec tous les fragments de votre histoire !

Photo Serge Briez©

Photo Serge Briez©

Regardez comment vous pouvez vous isoler par le jeu de vos pensées. Regardez comment l’inconscient peut vous faire sortir de votre corps et de vos sensations quotidiennes et vous concentrer dans votre tête, vous coupant de votre vécu quotidien. Vous devenez un véritable « zombi » sans même vous en rendre compte.

Alors regardez l’Autre comme au premier jour et découvrez-le (ou la) dans la Lumière du Temps et dans la magie de l’être retrouvé.

 Je vous souhaite un beau Noël et merci de votre écoute.

Sarlat, le 25 décembre 2011, 11h27

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  1. #1 par Anita le 30 décembre 2011 - 9 h 41 min

    Bonjour Daniel,

    en me relisant ce matin, je me rends compte que j’ai employé un mot à la place de l’autre. A la fin du premier paragraphe, je veux parler de l’entière responsabilité de nos souffrances. Je connais bien ce mécanisme sur moi-même comme sur les Autres. Etant praticienne en kinésiologie, je sais combien les blessures de la vie, mais surtout celles de l’enfance ou des vies antérieures, donc celles qui ne sont pas conscientes, peuvent être réactivés par un simple mot, ou même par un geste, une odeur, un évènement, une rencontre. Il en est de même pour la réactivation des émotions positives. Tout est inscrit dans notre corps, dans nos cellules.

    C’est là que la conscience est importante. La kinésiologie aide beaucoup en cela, elle peut permettre de remontrer à la source de la blessure afin de la conscientiser, de faire le rapprochement avec la situation actuelle, ce qui dissout l’amalgame, et elle permet surtout de corriger le déséquilibre énergétique laissé par l’émotion. Il est important d’arriver à prendre conscience que cette blessure n’est pas nouvelle, mais qu’elle est seulement réactivée pour être libérée, l’Autre n’entrant en jeu que pour cela. Et c’est cela qui est merveilleux ! c’est même ainsi que nos ennemis peuvent être nos amis, car ils nous aident dans notre processus de guérison.

    Bien cordialement,

  2. #2 par Anita le 30 décembre 2011 - 1 h 10 min

    Aura-t-on fini un jour de soigner nos blessures…? ici bas peut-être pas…. je comprends, je comprends tout ce que vous nous exposez ici pour l’avoir vécu maintes et maintes fois. J’ai fait moi aussi un grand travail sur moi et il m’arrive pourtant encore, parfois, de tomber dans ce piège de la blessure qui s’ouvre… « à cause de l’Autre », croit-on. Alors que ce merveilleux Autre est justement là, en ami, bien choisi, pour nous libérer de cette énergie négative enfouie. Lorsque notre Amour sera inconditionnel, nous ne rejetterons plus sur l’Autre le poids de notre souffrance. Lorsque nous vivrons parfaitement en conscience, nous arriverons à porter l’entière responsabilité de notre vie.

    Merci et excellente fin d’année, dans la paix, la douceur, la joie et le partage.

    • #3 par Daniel Briez BLOG le 30 décembre 2011 - 14 h 36 min

      Je pense, contrairement à votre commentaire, qu’il existe un moment où les blessures n’ont plus cours. Nous passons dans une autre réalité de notre être, dans laquelle les expériences antérieures ont servi de « terreau » au cheminement de conscience mais où elles n’ont plus la moindre once d’utilité. Nous sommes alors « neufs » pour entreprendre ce que nous avons réellement à faire dans notre itinéraire de réalisation et de matérialisation.

      • #4 par Anita le 1 janvier 2012 - 17 h 50 min

        J’entends bien cela. Cependant, nous nous sommes incarnés sur terre pour faire des expériences, pour grandir en conscience, pour aller vers notre lumière, et ce chemin n’est pas un chemin semé de pétales de roses, sinon, nous n’apprendrions rien, car la majorité d’entre nous ont besoin de cela pour comprendre et apprendre. Nous en sommes de moins en moins là, même si beaucoup on encore un long chemin à entreprendre. Mais nous pouvons tout aussi bien entreprendre notre itinéaire de réalisation avant d’en avoir fini avec nos blessures, avant d’être neuf. Il faut accepter qu’elles soient là et arriver à les transcender. Il y a les blessures, mais il y a aussi tant de joie.

        J’ai souvent eu le sentiment d’être enfin « neuve » avant qu’une blessure ou émotion vienne à nouveau déstabiliser ce bel équilibre que je croyais être définitif. Aussi, je ne sais pas, sincèrement, s’il existe ce moment où les blessures n’ont plus cours. Et finalement, est-ce bien important ? l’important étant qu’elles ne nous terrassent pas et que nous en soyions les vainqueurs.

  3. #5 par laurencevn le 29 décembre 2011 - 21 h 35 min

    Merci Daniel pour ton partage et ta sincérité. J’ai appris un jour que la période de Halloween à la Noël est une « période noire ».
    Halloween : fête celte et jour des morts. Selon les légendes, jour où les morts ressortent pour tourmenter les vivants ; en fait, nos matrices mémorielles transgénérationnelles ressortent et prennent de plus en plus d’ampleur à mesure que nous nous enfonçons dans l’ombre (jusqu’au solstice).
    Il m’est apparu que cette année, il y avait des informations qui revenaient à la surface, plus que jamais, n’ayant en apparence, rien à voir avec le présent, avec ma vie. Les conscientiser et les laisser « passer » en étant vigilante, en informant les autres qu’il se passait des choses dans ma vie contre lesquelles je ne pouvais aller mais que je devais les intégrer afin de pouvoir avancer.
    Depuis le solstice, la Lumière rejaillit et nous éclaire. Noël n’était-elle pas la Fête de la Lumière ?

    • #6 par Daniel Briez BLOG le 30 décembre 2011 - 14 h 35 min

      Le 24 décembre au soir représente sur le plan énergétique le moment où l’énergie de la planète se tourne en direction de la renaissance du Printemps. L’agonie des vieilles choses se terminent et la renaissance commence. Tout doucement dans un premier temps et de plus en plus puissamment lorsque qu’arrivent les mois de Février et Mars. C’est la raison pour laquelle la religion catholique a « récupérée » cette fête druidique qui venait du fonds des âges et en a fait le jour de la naissance de Jésus, alors qu’il n’est probablement pas du tout né à cette date.

  4. #7 par Ryzlaine le 29 décembre 2011 - 17 h 36 min

    Merci de partager cette expérience qui éclaire les racines profondes de nos crises relationnelles ! Sur mon chemin vers l’Amour, reconnaître l’Autre comme le révélateur essentiel d’un fragment égaré ou ignoré de mon pouvoir d’aimer, m’a permis de transformer bien des crises !
    Le tout est d’y penser au plus fort de la tourmente et ce n’est pas si simple … D’où l’importance du dialogue avec l’autre, mais aussi et surtout avec soi, au moindre signe de dé-cohérence ! L’Autre est il en train de me servir d’une façon que j’ignore ?

    • #8 par Daniel Briez BLOG le 30 décembre 2011 - 14 h 35 min

      Ce texte m’a mis face à un autre texte que je rédigerais dans les jours à venir et qui s’intitulera « L’EGO DE CONSCIENCE » ou comment, en pensant être en conscience des choses , encore une fois, il est possible de développer une forme d’ego que nous pouvons comparer à une forme d’ego spirituel et se faire complètement piéger par ce prisme. Encore un autre niveau!!

      • #9 par Anita le 1 janvier 2012 - 17 h 57 min

        oui, encore de fameux égo…. il faut l’avoir à l’oeil celui-là ! 🙂 car il est fort, puissant, intelligent, malin… mais il est aussi la cause de la régression de l’humanité depuis des millénaires. Il faut être vigilent, surtout en ces temps de transition, de transformation de nos âmes aussi, qu’il ne reprenne pas le dessus, car c’est vite fait. Gardons le coeur ouvert et la conscience élevé.

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