LETTRE D’AMOUR D’UN PERE A SON FILS


Je me suis souvent demandé ce que tu pensais de la vie et de moi, ton père. Très tôt, nous avons été séparés par la vie. Incompréhensions entre une femme (ta mère) et un homme (moi), visions de la vie différentes et toi.

 Toi au milieu de nos conflits, au milieu de notre amour, toi avec tes grands yeux sombres semblant me dire :"Qu’est-ce que vous faites ?" Malheureusement, à ton âge, les enfants n’ont pas droit à la parole, et notre vie s’est défaite, toi partant loin, moi en souffrance de toi, ne pouvant plus te regarder dormir, ne pouvant plus te regarder grandir.

 Alors, je me suis doucement éloigné. Eloigné parce qu’il n’y a pas d’école du divorce, comme il n’y a pas d’école des papas. Eloigné par ce que je ne savais pas comment gérer la souffrance de ton absence, je ne savais pas comment te dire "Tu me manques !", "Que fais-tu ?", "Que penses-tu ? ", "Qu’aimes-tu ?"

La vie me permettait de te voir pendant "les vacances", comme si une "vacance" pouvait combler le vide de mon coeur.

 Alors, je me suis encore plus éloigné. La souffrance de ta mère a fait qu’elle a cru bon de rendre les choses encore plus compliquées pour te voir. La maladie a ensuite créé une distance supplémentaire. Je ne t’ai plus vu qu’aux "grandes vacances" comme ils disent, et moi, je me sentais encore plus "vacant".

 Pourtant, le lien qui nous unit ne se dissolvait pas. Je sentais en toi le bonheur de me retrouver, moi, ton père fantôme. Je sentais, par un regard, par une expression de ta bouche, par la forme de ton corps, combien tu me ressembles.

 Et tu es arrivé, il y a quelques jours. Dix mois que je ne t’avais vu. Corps d’homme avec encore des traits de l’enfance. Magnifique corps portant la beauté et ma puissance. Je me reconnais en toi lorsque j’avais ton âge: 16 ans. 16 ans, l’âge des décisions, l’âge des grands émois, l’âge des grandes colères, celui où parfois on casse tout. Et surtout l’âge où on devient un homme.

 Alors, je te redécouvre. Je découvre surtout comme tu me ressembles. Tes idées sont les miennes. Je ne te les ai pourtant pas enseignées. Ton amour est le mien, mais cela ne t’est pas difficile. Tu as toujours porté un regard d’amour sur le monde. Et je suis fier. Fier d’avoir un si beau garçon. Fier de sentir ta sensibilité, même si parfois elle te fait mal. Fier d’observer le regard que tu portes sur le monde. Fier de ce que tu vas accomplir, même si je ne sais pas ce que l’homme que tu deviens fera. Fier d’être ton père et de voir comment les gens te regardent dans la rue, déjà sensibles au charisme que tu dégages. 

Et je te parle. Je te parle de ma vie d’homme, de mes visions, de mes colères, de ce qui me transporte. Et parfois, j’oublie que tu es là et que tu n’a pas encore vécu tout cela. Et j’ai l’impression de passer à côté de toi. Alors je pose mon bras sur tes larges épaules. J’ai du mal à réaliser que tu es tellement homme. Mais je sens que tu as encore besoin d’être embrassé, que tu as encore besoin de câlins.

Il est vrai que je suis probablement terriblement maladroit avec toi. Dans ma soif de ne pas te mentir, dans mon exigence de te montrer le monde, dans ma vision de la lumière qui émane de toi, je ne peux que te dire que je suis là, que te dire que je bois ta présence, que te dire que je vis ton essence. Dans ce bonheur timide, chargé de la peur de te louper, je ne peux que te dire :

« Je t’aime, mon fils ».

Sarlat, le 6 aout 2011, 21h36

Réponse de la «Lettre d’amour d’un père a son fils»

Très ému par ta lettre, je me suis mis en questionnement sur mes jugements par rapport à toi et la vie qui seras la mienne, mon avenir.

Certainement, je me suis demandé, étant plus jeune ce qu’il s’était passé réellement entre toi et ma mère. Maintenant que la vérité a fait surface plusieurs années après, je me rends compte, qui est vraiment dans le vrai, c’est-à-dire toi.

Toi mon père si grand, si fort, si tout ! J’ai toujours été en admiration envers toi. Que cela soit avec ton travail ou avec les gens que tu rencontres, au fur et à mesure que je passe du temps avec toi, je sens l’admiration et le respect qu’ils ont envers toi et ton travail. Tu es si important pour le monde, quelqu’un d’extraordinairement surprenant qui ne cesse de m’impressionner.

Je sens à présent l’amour que tu m’as toujours porté directement ou indirectement.

Je me remémore toujours une partie de ma vie que j’ai passé avec toi. Je devais avoir aux environs de 7-8 ans. J’avais passé les grandes vacances avec toi, un mois d’août. Je m’ennuyais affreusement et un jour, tu l’as senti. Tu m’avais alors proposé que, si je le souhaitais, je pouvais retourné chez moi en avion. Ce jour-là, je m’en suis voulu horriblement car j’ai senti t’avoir fait de la peine. J’ai versé toute les larmes de mon corps, je ne supportais pas te voir triste.

Je te transmet ça, pour te dire à quel point je t’aimais, et que je veux que tu le saches: cet amour n’a jamais disparu et ne disparaitra jamais.

Je t’aime! papa.

Sarlat, le 18 août 2011, 13h59.

About these ads

, , , , ,

  1. #1 par sodalite le 27 novembre 2013 - 15 h 51 min

    bonjour,les deux lettres RESPIRENT l’AMOUR entre un pére et son fils quoi de plus BEAU au MONDE….

  2. #2 par galland le 16 octobre 2013 - 0 h 17 min

    bonjour, que de sincérité dans ses deux messages d’amour , bravo à vous deux cela fais chaud au coeur .florence

  3. #4 par Glonadine le 24 août 2011 - 22 h 35 min

    En travaillant sur moi toutes ces années, j’espérais qu’un jour les relations entre mon fils ainé : 34 ans et moi prennent de la densité. Comme si j’avais peur que les liens soient si ténus du fait de la séparation due au divorce quand il avait 15 ans. J’ai suivi toujours ce que je croyais juste pour mes enfants et pour moi. J’espérais que la relation presque inexistante ressemblerait à une 2CV et c’est une Mercedes qu’on m’a offert. Du jour au lendemain tout a éclos. C’est comme si tout d’un coup mon fils savait où étaient ses frontières, qui il était et du coup il y avait plein de place pour les autres, sa mère y compris.
    Merci Fils de Daniel, pour ces mots qui soignent nos blessures de parents qui doutent. Merci Papa Daniel pour ce partage d’amour.

    • #5 par Daniel Briez BLOG le 26 août 2011 - 15 h 30 min

      Merci à vous pour ce témoignage. Faire ce que nous sentons est la seule voie qui nous soit offerte pour respecter l’intégrité de chacun. A bientôt. Daniel

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d bloggers like this: